Du 23 juin au 3 juillet 2025, les principaux acteurs de la conservation et de la gestion des ressources naturelles dans la région naturelle du Fouta Djalon – PNUD (PGIRN-PBF), Climate Chance (Projet Corridor de Biodiversité en Guinée), MBOP (gestion transitoire du Parc National du Moyen-Bafing), UPA DI (projet Femmes Pro-Forêts), l’Office Guinéen des Parcs Nationaux et Réserves de Faune, la Direction Nationale des Forêts et de la Faune – ont mené une mission terrain conjointe concernant les corridors écologiques. Cette initiative visait à géoréférencer les corridors écologiques, leurs villages riverains, cours d’eau et enclaves, afin de renforcer la cohérence des actions menées sur le territoire.

Une mission conjointe pour aller plus loin ensemble

Dans le cadre de cette mission conjointe, Climate Chance, porteur du Projet Corridor de Biodiversité en Guinée, a joué un rôle central. Cette présence de terrain a permis une prise de connaissance directe du corridor ouest, identifié comme prioritaire par Climate Chance dans le cadre de son projet, et stratégiquement situé dans le nord-ouest du Fouta Djalon. Dès lors, la mission a été déterminante pour confirmer le tracé des corridors sur le terrain et établir un dialogue direct avec les autorités locales et les communautés riveraines. L’équipe Guinée de Climate Chance (Marion Cassinot et Alpha Oumar Barry) a donc contribué à faire progresser concrètement l’opérationnalisation des corridors de Biodiversité dans la zone. Dès lors, la mission a été déterminante pour confirmer le tracé des corridors sur le terrain et établir un dialogue direct avec les autorités locales et les communautés riveraines. L’équipe Guinée de Climate Chance (Marion Cassinot et Alpha Oumar Barry) a donc contribué à faire progresser concrètement l’opérationalisation des corridors de Biodiversité dans la zone. 

Paysage du corridor dans le village de Thiaghè (Commune de Lebekere)

    

Coup de projecteur sur la faune : indices de biodiversité au cœur des corridors

Lors des opérations de relevé de points d’intersection, la présence de la faune a été confirmée dans plusieurs zones des corridors à travers de nombreux indices observés sur le terrain : crottes fraîches, traces de sabots, empreintes de félins, chants d’oiseaux, ainsi que cris et nids de chimpanzés. Ces constats ont été renforcés par les témoignages concordants de membres des communautés locales.

Pour garantir une localisation précise des points, les équipes étaient équipées de matériel technique adapté (tablettes, GPS, Trimble TDC600) et ont bénéficié de l’appui essentiel de l’Office Guinéen des Parcs Nationaux et Réserves de Faune, représenté par le chef de zone de la préfecture de Mali, ainsi que de la Direction Nationale des Forêts et de la Faune, mobilisant des chefs de cantonnement forestier dans chaque commune, aux côtés de guides locaux.

Malgré des conditions météorologiques difficiles, marquées par de fortes pluies compliquant les déplacements et les traversées de cours d’eau, le travail de terrain a mis en lumière une richesse faunique remarquable, confirmant l’importance écologique du corridor. 

« Les animaux empruntent le plus souvent les chemins dans les montagnes et les plaines menant aux sources d’eau. J’ai vu des espèces récemment que je ne voyais pas avant telles que des lions, panthères, hyènes. »
(citoyen du village de Madina Foulbhè).

Prise de point d’intersection à Kakikaré               (Commune de Mali)

Trace d’un félin non identifiée à Karakara (Commune de Balaki)

Dialogue avec les communautés : échanges constructifs et préoccupations prises en compte

Pendant les dix jours de mission, des réunions communautaires consacrées à la négociation des limites géographiques des corridors écologiques ont été organisées dans six villages, parmi lesquels Sabè, Toubakouta, Thiaghé, Kakikaré, Ousmania et Madina Foulbhè. Au total, 244 personnes ont pris part à ces échanges, dont 87 femmes, représentant 35,66 % des participants.

Ces rencontres ont été l’occasion pour les communautés d’exprimer leurs préoccupations sociales, économiques et éducatives. « Nous manquons d’écoles, d’enseignants et d’outils agricoles. Nous avons un groupement maraîcher de femmes, Haldi Fotti, mais nos enfants ne peuvent pas être instruits correctement. Nous souffrons beaucoup et nous demandons un appui », a témoigné une participante.

D’autres interventions ont soulevé des enjeux directement liés à l’occupation des terres et à la cohabitation avec la faune. « L’agriculture est notre principale activité. Si le corridor traverse nos champs, quelles solutions le projet prévoit-il ? Comment saurons-nous si une zone fait partie du corridor écologique ? Et quelles réponses pouvez-vous apporter face à la présence de fauves à proximité des villages ? », a interrogé un participant.

Autant de questions qui soulignent l’importance d’un dialogue étroit et continu avec les communautés, au cœur de la mise en œuvre du projet Corridor de Biodiversité.

Face à la prédominance des activités agricoles dans la région, l’équipe de la mission a tenu à rassurer les communautés : les projets engagés n’ont ni vocation à confisquer les terres ni à déplacer les populations. Leur objectif est de préserver les itinéraires naturels de la faune à travers la création de corridors écologiques et de zones de conservation. Cette approche de cohabitation harmonieuse vise un double bénéfice : sécuriser les déplacements de la faune tout en réduisant les incursions animales dans les zones habitées, notamment celles des grands fauves, contribuant ainsi à la sécurité des villages.

Les échanges ont également mis en lumière des préoccupations fortes en matière de développement local et d’emploi. « Nous ne disposons que de deux forages pour tout le district. Nous vivons de l’agriculture et de l’élevage, mais faute d’opportunités, beaucoup de jeunes prennent les routes de la migration, parfois au péril de leur vie. Quelles solutions sont envisagées pour créer de l’emploi et impliquer les jeunes ? », a interpellé un participant.

En réponse, Mamadou Hassimiou Barry, chef de mission (PNUD), a reconnu la légitimité des besoins exprimés et souligné la complémentarité des partenaires impliqués. Il a notamment mis en avant le rôle de Climate Chance dans le développement d’une méthodologie de certification carbone à haute intégrité biodiversité, susceptible d’ouvrir de nouvelles perspectives de financement au bénéfice des populations locales.

Par ailleurs, plusieurs actions concrètes déjà mises en œuvre dans le cadre du projet Bafing-Falémé du PNUD ont été rappelées, parmi lesquelles la création d’écovillages, la formation des femmes aux techniques de saponification, le soutien au maraîchage et à l’élevage, l’installation de ruchers-écoles, ainsi que l’accompagnement des communautés dans la valorisation des sous-produits. Le représentant du projet a toutefois tenu à faire preuve de prudence : « Pour l’instant, nous ne pouvons rien promettre. Nous sommes ici avant tout pour échanger avec vous sur les corridors », a-t-il précisé, recentrant les échanges sur l’objectif principal de la mission conjointe.

Face aux préoccupations légitimes des communautés quant à l’impact des corridors écologiques sur leurs moyens de subsistance, l’équipe de la mission a apporté des clarifications essentielles. Ces échanges ont permis de mieux comprendre les objectifs du projet et de rassurer les populations, qui ont exprimé leur adhésion à l’initiative dès lors qu’elle respecte l’intégrité de leurs terres et de leurs modes de vie.

Explication du tracé du corridor par Mamadou Hassimiou BARRY, responsable de zone centrale du PGIRN-PBF

 

Fin de la réunion avec la communauté de Madina Foulbhè (Commune de Balaki)

Gestion des conflits humain-faune : un défi majeur

Parmi les préoccupations majeures exprimées par les communautés riveraines lors des sessions de dialogue figure la gestion des conflits humain-faune. Les habitants ont fait part de leurs inquiétudes face aux incursions d’animaux en dehors des tracés des corridors écologiques, notamment lorsque celles-ci entraînent des dégâts sur les cultures, les habitations ou le bétail. La question de l’indemnisation et des réponses à apporter aux attaques sur le bétail domestique a ainsi occupé une place centrale dans les échanges.

La stratégie portée par le projet vise à offrir à la faune des passages sécurisés et écologiquement fonctionnels, riches en ressources naturelles telles que l’eau et le couvert végétal, répondant à leurs besoins essentiels. En concentrant les déplacements des animaux au sein de corridors clairement délimités, le projet entend réduire les risques de conflits, renforcer la sécurité des populations, protéger les moyens de subsistance en limitant les dégâts agricoles, et promouvoir une cohabitation durable entre activités humaines et biodiversité.

Ces enjeux trouvent un écho direct dans les témoignages des habitants. « Je vis de l’élevage. En 2024, un lion a attaqué et mangé quatre de mes bœufs. Mardi dernier encore, des lions sont passés dans la zone pour se diriger vers Balaki », raconte un habitant de Bilgaldji, dans la commune de Lébékéré.

Trois corridors écologiques validés par les communautés locales

La protection de la biodiversité dans le paysage du Fouta Djalon franchit une étape majeure avec la validation de trois corridors écologiques clés par les communautés, indispensables au maintien de la connectivité faunique et à la sécurisation des déplacements des espèces animales.

Le premier, le Corridor Ouest, constitue un axe stratégique majeur. Long de 81 kilomètres pour une largeur d’un kilomètre, il joue un rôle essentiel dans la migration de la faune en reliant la Réserve naturelle de faune Gambie–Falémé, traversant la commune de Lébékéré, jusqu’à la frontière sénégalaise, à proximité de Dindéfélo.

Au cœur du dispositif, deux autres passages ont également été confirmés. Le Corridor Écologique Central 1, d’une longueur de 16 kilomètres, se distingue par une végétation dense, un relief montagneux et une forte disponibilité en eau. Traversé notamment par le fleuve Dimma, il abrite une biodiversité particulièrement riche.

Enfin, le Corridor Écologique Central 2, long de 17 kilomètres, joue un rôle de maillon essentiel en assurant la continuité écologique entre deux espaces forestiers protégés : la forêt classée de Woundou Nord et la forêt classée de la Gambie.

Carte des corridors de la Réserve Nationale de Faune Gambie-Falémé

Une avancée majeure pour la connectivité écologique en Guinée

La mission terrain de juillet 2025 constitue une étape clé du projet de création de corridors écologiques dans le Fouta Djalon. Grâce à l’identification et au géoréférencement précis des trois tracés vitaux, cette initiative concrétise une vision ambitieuse : assurer une connectivité écologique indispensable à la survie de la faune locale.

La formalisation de ces corridors représente un engagement fort pour la préservation de la biodiversité. Ces passages sécurisés sont cruciaux pour les espèces menacées, notamment les chimpanzés d’Afrique de l’Ouest, classés en danger critique d’extinction, ainsi que pour d’autres espèces identifiées lors de la mission. En garantissant des itinéraires continus et non fragmentés, le projet favorise le maintien des flux génétiques et des migrations, assurant ainsi la pérennité des populations animales.