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À Lebekere, une commune rurale de la préfecture de Mali, située dans la région de Labé en Moyenne-Guinée, la biodiversité est profondément enracinée dans de riches dynamiques sociales et culturelles, où les rôles et responsabilités ont longtemps été définis historiquement. L’analyse de genre menée dans le cadre du projet « Biodiversity Corridors » repose sur des données de terrain collectées par Coopération Atlantique Guinée 44, et a été analysée et rédigée par WECF sous la direction de Maëva Bréau, directrice de WECF France, avec la contribution de Marion Cassinot et Alpha Oumar Barry. Elle met en évidence d’importantes inégalités structurelles entre les femmes et les hommes, tout en soulignant le rôle central que les femmes jouent dans les systèmes socio-économiques locaux.

La région de Labé reste marquée par une forte vulnérabilité économique : 55,3 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Dans ce contexte, les femmes sont particulièrement exposées à la précarité, car elles dépendent majoritairement d’activités informelles, souvent moins rémunérées. Les activités économiques reposent largement sur des formes locales d’organisation et de solidarité, au sein desquelles les femmes jouent un rôle essentiel, notamment dans l’agriculture, la transformation et la gestion des ressources naturelles. L’écart d’alphabétisation en est une illustration : 43 % chez les hommes contre 22 % chez les femmes. Au-delà des chiffres, cela influence concrètement les possibilités d’accès à certaines opportunités économiques ou instances locales.
L’étude menée souligne la persistance de pratiques traditionnelles défavorables aux filles. En effet, 40 % des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans et la maternité précoce demeure un facteur aggravant des risques sanitaires.Concernant la santé maternelle, la mortalité maternelle est estimée à 550 décès pour 100 000 naissances vivantes, traduisant un accès insuffisant aux soins obstétricaux.
Pour autant, les femmes restent des actrices incontournables des systèmes de production. En effet, malgré ces contraintes, les femmes participent activement à l’économie locale : 78,2 % des ménages déclarent l’agriculture comme activité principale, un secteur dans lequel les femmes sont fortement impliquées. Cependant, leur accès à la terre et aux moyens de production reste limité. Sur le plan de l’emploi, elles occupent majoritairement des emplois vulnérables, avec un taux estimé à 82 %, contre 69 % chez les hommes. Leur accès au crédit et aux intrants agricoles demeure également faible.
On observe cependant un décalage entre leur rôle au quotidien et les marges de décision dont elles disposent.En effet, ces espaces de décision sont structurés par des normes sociales qui attribuent des rôles différenciés aux hommes et aux femmes. Par exemple, lors des consultations, seulement 11 femmes sur 29 participants ont pris part aux échanges, illustrant une faible représentativité. Les conseils locaux et coutumiers restent dominés par les hommes, car la parole masculine est perçue comme plus légitime.
Tandis que la représentation féminine est minimale et l’avis des femmes est rarement pris en compte. Les femmes participent aux activités, mais pas aux choix stratégiques ni à la gouvernance. Un aspect qui représente un point d’attention important dans les projets environnementaux : une gestion durable des ressources naturelles repose sur une compréhension fine des rôles existants et sur la capacité à valoriser l’ensemble des contributions, dans le respect des organisations locales et des rôles déjà en place.

Le rapport met en lumière des dynamiques particulièrement encourageantes, notamment à travers les associations féminines. Ces espaces jouent un rôle important en matière de solidarité, d’organisation et de prise de parole. Les associations féminines sont perçues comme des espaces où les femmes ont plus de légitimité. Elles sont plus écoutées en tant que représentantes et elles se sentent plus à l’aise dans ces cadres collectifs et les associations sont vues comme espaces de dialogue légitimes. Des espaces donc précieux car ils permettent aux femmes de renforcer leur capacité d’action.
Les recommandations proposées s’inscrivent dans cette continuité.
Elles proposent notamment un minimum de 40 % de femmes dans les instances du corridor, avec des rôles décisionnels effectifs, ainsi que des actions de formation au leadership, d’accompagnement à la prise de parole et de mentorat environnemental. La mise en place de comités mixtes de gestion des ressources (hommes, femmes, jeunes) est également envisagée, notamment pour la gestion des ressources naturelles et la prévention des conflits humains-faune.Le rapport souligne aussi l’importance du financement communautaire, notamment à travers les crédits carbone, avec la création de structures de commercialisation et de suivi. L’accès équitable aux ressources et aux retombées économiques constitue un autre axe central, qu’il s’agisse des semences, des terres, des financements ou des outils. Le renforcement économique des femmes passe également par le développement d’activités durables, telles que l’agroforesterie, l’apiculture, l’entrepreneuriat vert ou les micro-subventions.

Enfin, la mise en place d’une gouvernance intégrant des indicateurs sensibles au genre, des données désagrégées et des mécanismes d’évaluation de l’équité apparaît comme un levier structurant. Dans le contexte des corridors de biodiversité, cet enjeu Genre est particulièrement structurant. Les femmes, fortement impliquées dans l’utilisation et la gestion quotidienne des ressources naturelles ( agriculture, collecte, transformation ) disposent de savoirs et de pratiques essentiels à la préservation des écosystèmes. Leur implication contribuerait ainsi à consolider la pertinence et la durabilité des actions engagées.
Lebekere illustre donc une réalité plus large : la transition écologique est étroitement liée aux dynamiques sociales. Prendre en compte les questions de genre permet d’ancrer les projets dans les réalités locales et de construire des approches véritablement inclusives, fondées sur les rôles, les savoirs et les aspirations de l’ensemble des acteurs.